DE TEMPLO : CRISTI : Les fils de la Vallée

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La lutte entre le Temple et les fils de la Vallée, de la stricte observance

à partir de l’Histoire exemplaire des templiers, l’oeuvre de Zacharias Werner s’emploie à y déceler un conflit d’une toute autre ampleur qui est à resituer dans le thème général de la perpétuation du Temple :  celui qui oppose la décadence inexorable du Temple avec pour conséquence que la filiation templière est à concevoir comme l’oeuvre d’un Ordre supérieur, caché derrière l’Ordre historique du Temple, et qui est aussi bien derrière toutes les manifestations connues du templarisme. Cette communauté cachée, ce sont ceux que l’auteur désigne comme les « Fils de la Vallée ». Il se trouve que l’on retrouve cette opposition dans l’histoire méconnue de l’Eglise grégorienne comme Jean-Pierre SCHMIT l’a si bien expliqué.

Les faits historiques commencent par l’arrestation des templiers. Fait prisonnier, Jacques de Molay n’avait pas cherché à nier ni à contredire les actes d’accusation prononcés par une inquisition au service de la justice royale. On peut penser qu’à Poitiers, le pape Clément V (1305-1314)) avait convaincu le Grand Maître des Templiers de renoncer à la défense de son ordre pour le bien de l’Église. Le pape devait être persuadé que face à l’agressivité dont le roi de France avait déjà fait preuve vis-à-vis du Saint-Siège, il sauverait dans cette affaire l’essentiel. Pour Clément V, l’essentiel c’était l’indépendance de l’Église romaine si chèrement acquise ces derniers siècles sur le droit féodal. C’était aussi le souci de préserver les intérêts des états pontificaux établis dans le royaume de France. On pense notamment au Comtat Venaissin où, après Poitiers, le pape ira se réfugier pour installer durablement la papauté à Avignon.

Mais en laissant le roi de France, Philippe le Bel, porter le discrédit sur une institution comme l’ordre des templiers, il entachait gravement la tradition bénédictine, et particulièrement l’univers de la Stricte Observance bénédictine dont les frères templiers étaient issus. Saint Bernard (1090-1153), abbé cistercien du monastère de la Claire Vallée, figure emblématique de la chrétienté et du monachisme de la Stricte Observance bénédictine, avait été, par la grâce des pères du concile réunis à Troyes en 1129, désigné comme le père spirituel des templiers et chargé de superviser leur Règle.

Finalement, sans en mesurer la portée, Clément V faisait faire à la chrétienté un terrible retour en arrière – précisément jusqu’au 6 janvier 754 aux limites des temps barbares quand le pape Étienne II (752-757) s’agenouillait devant Pépin le Bref (715-768), accordant à la dynastie franque un titre impérial et un soutien papal en échange de quelques états pontificaux en Italie.

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Si en 1304, l’ordre des templiers avait rejeté la demande du roi de France d’entrer dans la milice à une période où Philippe le Bel ne tarissait pas d’éloges à son égard, si en 1306 Jacques de Molay avait refusé la proposition de Clément V d’une fusion de son ordre avec celui des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, c’est que les templiers se considéraient comme les gardiens d’un univers – celui de la Stricte Observance bénédictine qui avait nourri les institutions des premiers états latins de Jérusalem. Pour reprendre une expression du Grand Maître dans son mémoire adressé à Clément V sur la fusion des ordres, l’ordre des templiers s’était toujours considéré comme «l’avant-garde de la chrétienté».

Quand les frères templiers comprendront que tout était fini et qu’ils allaient assister de leur vivant à la fin de leur religion, leur première préoccupation fut de préserver l’avenir. Cela passait par la protection de leur trésor, issu de leur engagement en Terre Sainte.

La mission secrète des templiers

La destruction de l’ordre des templiers marquera dans l’histoire occidentale la fin de l’église grégorienne – du nom du pape Grégoire VII (1073-1085), le premier pape qui osa prononcer une sentence définitive d’excommunication à l’encontre d’un empereur du Saint-Empire romain germanique – en l’occurrence Henri IV (1056-1106), laissant le soin à l’assemblée des princes électeurs de pourvoir au «salut de la République» – c’est-à-dire dans la dialectique du pape Grégoire VII à la vacance du trône. Excédé par les excès et l’arrogance de la noblesse féodale, le pape Grégoire VII avait décidé d’arracher la chrétienté à l’asservissement des seigneurs féodaux pour l’amener selon la formule consacrée par les moines occidentaux à devenir des «citoyens du ciel».

Les Pauvres Chevaliers du Christ du Temple de Salomon, plus communément dénommés les templiers, avaient reçu de l’Église Romaine du début du XIIème siècle la charge d’être les gardiens de la Terre Sainte. Mais ce qui reste méconnu, c’est qu’à travers le nouveau royaume latin de Jérusalem les chevaliers de la Première Croisade portaient l’espoir qu’un jour nous accéderions tous au statut de citoyen.

Dans son exhortation aux templiers, Saint Bernard parle de ceux qui ont été «élus dans le Christ». Une armée d’élus va libérer Jérusalem et sauvegarder l’Église grégorienne. Les élus sont tous ceux qui ont répondu à l’appel de Clermont et qui selon l’expression du prophète Isaïe «portera sur son épaule le signe de sa domination»(Isaïe; 9,5).

Mais attention! Pour l’Église grégorienne ce signe n’est pas la croix latine, la croix du crucifié, associée à l’église carolingienne mais bien la croix des anges, en honneur dans les monastères. Cette croix grecque est le symbole de la vie spirituelle.

 C’est la croix à branches égales que l’on apposera sur les épaules des Croisés rassemblés à Clermont, une croix en forme d’étoile qui guidera les pèlerins jusqu’à la Terre Sainte où est né l’enfant-Sauveur pour notre plus grande consolation.

L’ordre des templiers et plus généralement l’Église grégorienne dont cette chevalerie est issue ont eu dans l’histoire de l’Église romaine et apostolique le souci de nous rendre notre libre-arbitre à une époque où nous étions assujettis au pouvoir de la monarchie de droit divin.

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Gouvernance collégiale de la Respublica Christiana : des chanoines aux sacrés collèges selon la règle de  Saint Augustin

Dans la symbolique des chanoines réguliers, les jambes croisées figurent le chiffre X romain, ces dix jours qui séparent l’ascension du Christ de la descente de l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte. Le jour de la Pentecôte, ce jour du Paraclet, l’esprit de consolation, sera celui de la fête titulaire du collège apostolique, et chez les chanoines réguliers s’associe aussi à la fête du chapitre cathédral – jour de naissance de la nouvelle église. La constitution du chapitre comme nouveau lieu de pouvoir terrestre sera  la pierre angulaire de la politique menée par l’église grégorienne.

London - Temple Church William Marshal

Déjà en 1059, l’Église romaine avait fondé le Sacré Collège, une assemblée de cardinaux qui en violation du droit carolingien s’arrogea le droit d’élire le pape à la place de l’empereur germanique. S’appuyant sur la tradition des monastères qui élisent leur abbé au sein de leurs chapitres, l’église grégorienne voudra généraliser cette institution au chapitre cathédral pour donner aux clercs les moyens d’élire eux-même leurs évêques.

Sous l’impulsion de l’Église grégorienne, l’institution du chapitre va prendre de plus en plus de place dans la gouvernance médiévale. En 1114, l’ordre des moines de Cîteaux va créer le chapitre général – assemblée déliberatrice qui commande tous les monastères de l’ordre, sorte de parlement européen avant l’heure. L’institution du chapitre général sera reprise par les chanoines réguliers de Saint Victor de Paris au plus près du trône de France. Bientôt suivront des ordres de chevalerie comme celui de l’ordre des Templiers crée à Jérusalem en 1119 et qui aura lui aussi la prétention d’élire son Grand Maître. Pour les monarques carolingiens, le danger devient de plus en plus pressant car derrière l’institution du chapitre qui rappelle la tradition romaine du Sénat des anciennes républiques, se profile la tentation de l’Église grégorienne d’étendre au monde profane ce mode de gouvernance.

Personne n’ignore à cette époque que dans les scriptorium des abbayes cisterciennes, des moines revêches copient des romans sur une prétendue Table Ronde autour de laquelle des chevaliers seraient assis à l’égal du roi. Déjà un nouveau royaume d’Occident, celui des Plantagenet semble s’accorder avec la vision des moines.

Il était inévitable qu’une lutte sans merci s’engage entre la monarchie carolingienne et l’église grégorienne. Elle sera totale, et finira dans le royaume de France, vraiment ?    (à suivre …)

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