Fulcanelli et l’argot ou art des gots ou gaie science (1)


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Introduction :

Dès la première page l’Adepte au seuil de son oeuvre magistrale nous confie à la fois son émotion et les lieux de son enfance : il suffisait de se baisser pour ramasser ! Nous y trouvons en effet à partir d’un centre rayonnant autour de Dijon (mentionné en outre par la référence aux argonautes à propos de l’argot) les lieux qu’il eut l’occasion de fréquenter dans sa jeunesse provinciale d’où ces références précises et détaillées que seul un natif peut connaitre : Sens, Dijon, Auxerre, Chaumont  …et Langres évidemment.

En fait nos recherches (à voir dans les cahiers) démontrent à l’évidence que l’on peut organiser l’oeuvre (des deux ouvrages) à partir d’une topographie qui s’organise en quatre cercles distincts :

  1. le cercle de l’enfance
  2. lieux de villégiature
  3. la vie parisienne
  4. les lieux liés à la vie professionnelle

Parmi les lieux liés à la vie professionnelle on peut déjà citer deux lieux célèbres : le cadran du Palais d’Holyrood et la croix cyclique d’Hendaye. Nous aurons l’occasion de nous expliquer plus en avant sur ce sujet. En ce qui concerne les lieux de villégiature ils sont liés pour l’essentiel aux moments de détente que la famille Fulcanelli passait en Bretagne ou en Charente maritime – archives Fulcanelli (jk) -. (Dampierre, tombeau de Nantes etc ..). Il convient pour être clair et précis d’ajouter que deux régions ne sont jamais mentionnées : l’Est (pour cause, elle est encore occupée par la Prusse) et le Sud où l’Adepte n’avait aucune attache. L’histoire de Marseille est tout simplement une fausse piste, au reste assez grossière, que le disciple auto-proclamé à rajouté plus tard pour égarer d’avantage le cherchant sincère !

Introduction au Mystère des Cathédrales :

« La plus forte impression de notre prime jeunesse, — nous avions sept ans, — celte dont nous gardons encore un souvenir vivace, fut l’émotion que provoqua, en notre âme d’enfant, la vue d’une cathédrale gothique. Nous en fûmes, sur-le-champ, transporté, extasié, frappé d’admiration, incapable de nous arracher à l’attrait du merveilleux, à la magie du splendide, de l’immense, du vertigineux que dégageait cette oeuvre plus divine qu’humaine.

Depuis, la vision s’est transformée, mais l’impression demeure. Et si l’accoutumance a modifié te caractère prime-sautier et pathétique du premier contact, nous n’avons jamais pu nous défendre d’une sorte de ravissement devant ces beaux livres d’images dressés sur nos parvis, et qui développent jusqu’au ciel leurs feuilles de pierre sculptés.

En quel langage, par quels moyens pourrions-nous leur exprimer notre admiration, leur témoigner notre reconnaissance, tous les sentiments de gratitude dont notre coeur est plein, pour tout ce qu’ils nous ont appris à goûter, à reconnaître, à découvrir, même ces chefs-d’oeuvre muets, ces maîtres sans paroles et sans voix ?

Sans paroles et sans voix ? — Que disons-nous ! Si ces livres lapidaires ont leurs lettres sculptées, —phrases en bas-reliefs et pensées en ogives, — ils n’en parlent pas moins par t’esprit, impérissable, qui s’exhale de leurs pages. Plus clairs que leurs frères cadets. — manuscrits et imprimés, — ils possèdent sur eux l’avantage de ne traduire qu’un sens unique, absolu, d’expression simple, d’interprétation naïve et pittoresque, un sens purgé des finesses, des allusions, des équivoques littéraires.

La langue de pierres que parle cet art nouveau, dit avec beaucoup de vérité J. F. Golfs’, est à ta fois clair et sublime. Aussi, elle parle à l’âme des plus humbles comme à celle des plus cultivés. Quelle langue pathétique que le gothique de pierres ! Une langue si pathétique, en effet, que les chants d’une Orlande de Lassus ou d’un Palestrina, les oeuvres d’orgue d’un Haendel ou d’un Frescobaldi, l’orchestration d’un Beethoven ou d’un Cherubini, et, ce qui est plus grand que tout cela, le simple et sévère chant grégorien, te seul vrai chant peut-être, n’ajoutent que par surcroît aux émotions que la cathédrale cause par elle-même. Malheur à ceux qui n’aiment pas l’architecture gothique, ou, du moins, plaignons-les comme des déshérités du coeur.

Sanctuaire de la Tradition, de la Science et de l’Art, la cathédrale gothique ne doit pas être regardée comme un ouvrage uniquement dédié à la gloire du christianisme, mais plutôt comme une vaste concrétion d’idées, de tendances, de foi populaires, un tout parfait auquel on peut se référer sans crainte dès qu’il s’agit de pénétrer la pensée des ancêtres, dans quelque domaine que ce soi : religieux, laïque, philosophique ou social.

Les voûtes hardies, la noblesse des vaisseaux, l’ampleur des proportions et la beauté de l’exécution font de la cathédrale une oeuvre originale, d’incomparable harmonie, mais que l’exercice du culte ne paraît pas devoir occuper en entier.

Si le recueillement, sous la lumière spectrale et polychrome des hautes verrières, si le silence invitent à la prière, prédisposent à la méditation, en revanche l’appareil, la structure, l’ornementation dégagent et reflètent, en leur extraordinaire puissance, des sensations moins édifiantes, un esprit plus laïque et, disons le mot, presque païen.

On y peut discerner, outre l’inspiration ardente née d’une foi robuste, les mille préoccupations de la grande âme populaire, l’affirmation de sa conscience, de sa volonté propre, l’image de sa pensée dans ce qu’elle a de complexe, d’abstrait, d’essentiel, de souverain.

Si l’on vient à l’édifice pour assister aux offices divins, si l’on y pénètre à la suite des convois funèbres ou parmi le joyeux cortège des fêtes carillonnées, on s’y presse également en bien d’autres circonstances. On y tient des assemblées politiques sous  la présidence de l’évêque ; on y discute le prix du grain et du bétail les drapiers y fixent le cours des étoffes ; on y accourt pour quérir le réconfort, solliciter le conseil, implorer le pardon. Et il n’est guère de corporations qui n’y fassent bénir le chef-d’oeuvre du nouveau compagnon et ne s’y réunissent, une fois l’an, sous la protection de leur saint patron.

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D’autres cérémonies, fort attrayantes pour la foule, s’y maintinrent pendant la belle période médiévale. Ce fut la Fête des Fous, — ou des Sages, — kermesse hermétique processionnelle, qui partait de l’église avec son pape, ses dignitaires, ses fervents, son peuple, — le peuple du moyen âge, bruyant, espiègle, facétieux, débordant de vitalité, d’enthousiasme et de fougue, — et se répandait dans la ville… Satire hilarante d’un clergé ignorant, soumis à l’autorité de la Science déguisée, écrasé sous te poids d’une indiscutable supériorité.  Ah !

Fête des Fous, avec son char du Triomphe de Bacchus, traîné par un centaure et une centauresse, nus comme le dieu lui-même, accompagné du grand Pan ; carnaval obscène prenant possession des nefs ogivales Nymphes et naïades sortant du bain ; divinités de l’Olympe, sans nuages et sans tutu : Junon, Diane, Latone se donnant rendez-vous à la cathédrale pour y entendre la messe ! Et quelle messe ! Composée par l’initié Pierre de Corbeil, archevêque de Sens, selon le rituel païen, et où les ouailles de l’an 1220 poussaient le cri de joie des bacchanales : Evohé ! Evohé ! — Et les escholiers en délire de répondre :

Hoec est clara dies clararum dierum !

Hoec est testa dies festarum festa dierum !

 

Ce fut encore la Fête de l’Ane, presque aussi fastueuse que la précédente, avec l’entrée triomphale, sous les arceaux sacrés, de maître Aliboron, dont le sabot foulait, jadis, le pavé juif de Jérusalem. Notre glorieux Christophore y était célébré dans un office spécial où l’on exaltait, après l’épître, cette puissance asine qui a valu à l’Eglise l’or de l’Arabie, l’encens et la myrrhe du pays de Saba. Parodie grotesque que le prêtre, incapable de comprendre, acceptait en silence, le front courbé sous te ridicule, versé à pleins bords, par ces mystificateurs du pays de Saba, ou Caba, les cabalistes en personne ! Et c’est le ciseau même des maîtres imaigiers du temps, qui nous confirme ces curieuses réjouissances. En effet, dans la nef de Notre-Dame de Strasbourg, écrit Witkowski, – le bas-relief d’un des chapiteaux des grands piliers reproduit une procession satirique où l’on distingue un pourceau, porteur d’un bénitier, suivi d’ânes revêtus d’habits sacerdotaux et de singes munis de divers attributs de la religion, ainsi qu’un renard enfermé dans une châsse. C’est la Procession du Renard ou de ta Fête de l’Âne -. Ajoutons qu’une scène identique, enluminée, figure au folio 40 du manuscrit 5055 de la Bibliothèque nationale.

Ce furent, enfin, ces coutumes bizarres où transparaît un sens hermétique souvent très pur, qui se renouvelaient chaque année et avaient pour théâtre l’église gothique, comme la

Flagellation de l’Alleluia, dans laquelle tes enfants de choeur chassaient, à grands coups de fouet, leurs sabots ronflants hors des nefs de la cathédrale de Langres ; le Convoi de Carême-Prenant ; la Diablerie de Chaumont ; les processions et banquets de l’infanterie dijonnaise, dernier écho de la Fête des Fous, avec sa Mère Folle, ses diplômes rabelaisiens, son guidon où deux frères, tête-bêche, se plaisent à découvrir leurs fesses ; le singulier Jeu de Pelote, qui se disputait dans le vaisseau de Saint-Etienne, cathédrale d’Auxerre, et disparut vers 1538 ; etc. »  Fulcanelli


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